Il ne suffit pas de constater l'originalité du système éducatif français, encore faut-il comprendre d'où il est venu. Avec un regard historique, nous comprendrons mieux la racine de l'élitisme sur un terreau pourtant riche en idéal égalitariste.
La clé de lecture est donnée par Alexis de Tocqueville dans son petit livre intitulé l'Ancien régime et la Révolution. Bien avant la Révolution du 1789, la France est déjà un pays centralisateur où le Conseil du roi tente d'accaparer tous les pouvoirs, au détriment de l'aristocratie provinciale. Dès lors, la mission première de l'école est de recruter et former de brillants esprits venus du monde bourgeois (ou roturier pour être plus exacte) pour assumer les grandes fonctions régaliennes de l'Etat, afin de résister à la tentation centrifuge des aristocrates.
Même aujourd'hui, les meilleurs élèves aspirent à conduire les affaires publiques, à Bercy ou au Quai d'Orsay. Les vrais décideurs d'économie en France ne sont pas les entrepreneurs mais les grands commis d'Etat.
La sélection de l'élite par concours public représnete une certaine justice à cette forme d'oligarchie (par opposition à celle de l'argent).
Ce système introduit tout de même un biais défavorable au développement économique du pays. La tutelle administrative omniprésente, même si elle est conduite par de brillants esprits, constitue un frein objectif au développement des activités économiques qui, elles, ont besoin d'un environnement réglementaire réduit pour s'épanouir.
Avant d’examiner le contenu du projet d'arrêté, il convient de comprendre le contexte et d’analyser les forces qui veulent l’affaiblissement du doctorat et sa dilution.
Des écoles, des professions (du privé et de la fonction publique) exercent des pressions auprès des universités pour que soient institués des « doctorats light » pour leurs anciens élèves, à des fins de reconnaissance internationale : il augure de meilleures carrières pour ces anciens élèves. En effet, d’après L’Obs (23/02/2015), « L’Institut d’études politique de Paris (IEP), suivant l’université Paris-Dauphine, propose la mise en place d’un nouveau diplôme intitulé « doctorat professionnel ». Avec des frais d’inscription très élevés, seulement deux ans d’encadrement [tout en continuant son activité], des personnels du privé ou de la haute fonction publique reçoivent un titre de « docteur professionnel ». Ce pseudo doctorat, bien qu'il en ait l'intitulé, dévalorise de fait l’ensemble des doctorats。